Freeman J. Dyson

Parmi les millions de morts dus au Covid

Freeman John Dyson n'est pas mort du virus mais d'une mauvaise chute survenue pendant la pandémie à l'âge de quatre-vingt-seize ans.

Il n’y a bien entendu que ceux portant un intérêt certain aux sciences pour savoir que Freeman J. Dyson est mort le 28 février 2020. Dans l’étrange ambiance engendrée par l’épidémie de covid-19, les nations se sont frileusement repliées sur elles-mêmes et plus rien n’a eu d’intérêt que de sauver un maximum de vies.

 

Dans ce contexte, un mathématicien américain n’avait évidemment aucune chance d’attirer l’attention dans la patrie de De Broglie. Un désintérêt accru chez celles et ceux sachant qu’il osait placer une partie de ses réflexions à la frontière des sciences et des religions.

 

J’ignore le périmètre réel de sa renommée dans le monde francophone. Je peux imaginer qu’elle ne doit pas être bien vaste dans certains cercles foncièrement anti-américains et pratiquant une laïcité pleine d’intolérances.

L'oeuvre de Freeman J. Dyson

Et pourtant, ce petit homme est mort à 96 ans après avoir révolutionné le monde de la physique quantique au début des années cinquante (1950). Il a par exemple apporté son expertise à la conception des centrales nucléaires (aujourd’hui objet de polémiques diverses et contradictoires opposant écologistes et pragmatiques) sans posséder de doctorat en physique !

 

Heureusement, la science - quand elle se pratique de façon sincère- ne s’arrête pas aux portes de tels préjugés qui n’ont d’ailleurs aucun lien avec elle. A ce propos, je recommande la lecture des recommandations faites dès 1740 dans l’ouvrage intitulé « Les institutions de physique ». 

 

Dyson se fait connaître très tôt en tant qu’auteur d’un cours donné à des étudiants de l’université Cornell en 1951 (Advanced Quantum Mechanics). Université sur les bancs de laquelle il s’était assis juste quatre ans plus tôt ! Ces notes de cours constituent aujourd’hui les fondations de la théorie quantique des champs [01].

 

La façon dont il aborde le problème des divergences apparues dans les travaux de ses prédécesseurs (Sin-itiro Tomonaga, Julian Schwinger, Richard Feynman) mène aux procédures de renormalisation actuelles et transforme les essais de ses maîtres en succès avéré.

La vie de Freeman J. Dyson

Né à Crowthorne -Berkshire (Grande-Bretagne) - en 1923, il obtient son premier degré en mathématique à Cambridge. Il est obligé d’interrompre ses études à cause de la seconde guerre mondiale. Il met cette période à profit pour servir la Royal Air Force en tant que mathématicien. 

 

Il hésite d’ailleurs beaucoup entre la mathématique et la physique. La lecture du livre : « The quantum theory of radiation (Walter Heitler, 1936) » et l’ambiance régnant après-guerre à Cambridge lui font préférer la physique. 

 

En 1947, grâce à une bourse attribuée par le Commonwealth, il part aux Etats-Unis. Il espère y obtenir son doctorat sous le patronage de Hans Bethe à l’université de Cornell. 

 

Bethe le charge d’un devoir bien précis : étudier les effets des fluctuations quantiques d’un noyau atomique (l’hydrogène) entouré d’un champ électromagnétique sur les niveaux d’énergie de cet atome.

 

Bethe lui fait en réalité affiner ses propres calculs (n’intégrant pas les effets relativistes et supprimant la question épineuse des divergences en limitant le domaine d’intégration) concernant l’effet Lamb. Le devoir de Freeman Dyson était de reprendre les premiers calculs en y intégrant les conséquences de la théorie de la relativité.

 

Impressionné par les efforts de son élève, Hans Bethe persuade Freeman Dyson de publier ses résultats, le convainc de rester aux Etats-Unis un an de plus et de travailler sous la direction d’Oppenheimer. 

 

La jeunesse, le rêve de renommée et l’espoir de rencontrer des chercheurs célèbres comme Albert Einstein, Hermann Weyl et John von Neumann finissent de faire pencher la balance. Dyson commence en 1948 une correspondance puis une collaboration fructueuse avec Richard Feynman.

Finalement, Freeman Dyson n’obtiendra jamais le doctorat en physique. Ce qui ne l’empêchera pas de devenir, à moins de trente ans, professeur aux côtés de Hans Bethe. 

 

Ses premiers travaux se concentrent sur l’électro-dynamique quantique. Ils appliquent ses capacités mathématiques à l’étude et la conception de réacteurs nucléaires (rappel historique : qui n’étaient, à l’époque, que des projets), aux états solides de la matière, au ferromagnétisme, à l’astrophysique et à la biologie.

Des prises de position polémiques

En 2000, âgé de 77 ans, il reçoit un prix de la fondation Templeton pour un travail dédié aux interrelations entre religions et sciences (un sujet hautement polémique).  

 

Il se rappelle au bon souvenir du public au cours des dernières années de son existence en émettant un certain nombre d’idées suscitant des réactions critiques. 

 

En particulier, il publie en 2006 « The Scientist as Rebel » (Le scientifique : un rebelle), un livre dans lequel il interroge le monde scientifique notamment sur la réalité du réchauffement climatique ; peut-être seulement pour rappeler à la communauté scientifique la nécessité de toujours douter ; conformément à l’attitude prônée par Descartes. 

 

Il aura passé la plus grande partie de sa vie professionnelle en tant que professeur à l’Institut pour les Etudes Avancées de Princeton (New jersey, USA) dont il était devenu professeur émérite.

 

© Thierry PERIAT, le 28 juillet 2026

reformulation d'un texte paru le 08 février 2021.

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