Une bien improbable mixture !
Les années de ma vie consacrées à l’épanouissement de ma passion pour la physique mathématique (2003 – …) méritent à elles seules un long chapitre dans le roman autobiographique que j’écrirai peut-être un jour.
Le hasard de la naissance (un père rationaliste et athée, passionné de chimie et superbe cuisinier à ces heures matinales) et celui des évènements ont poussé un rêveur gaulois (moi-même), à ouvrir ses yeux sur la nature du lieu où se déroule sa vie, puis à lever les yeux vers le cosmos pour réaliser enfin la petitesse de son égo.
Rien ne pouvait laisser présager de l’importance que prendrait un jour la physique mathématique dans ma vie d’adulte. Et pourtant, petit à petit, de fil en aiguille, elle a envahi mon esprit puis ma vie entière.
Parmi bien d’autres conséquences, elle m’a permis de partager pendant environ douze années (2004 – 2016) l’aventure et la réflexion collective de milliers d’autres amateurs français et étrangers (car nous ne sommes pas les seuls à poser la question du positionnement de la contribution de gens comme moi au monde des professionnels). Quel bilan tirer de tout ceci ?
En commençant ma démarche, je me doutais bien que le chemin serait ardu. Pas de diplôme, pas de relation dans le milieu universitaire... les chances d’être entendu étaient d’emblée très maigres, voir nulles. J’en veux pour preuve les nombreuses missives envoyées ici ou là pour tenter d’entamer un dialogue avec un professionnel… mais quasiment toutes restées sans réponse.
A mon grand étonnement, les seuls chercheurs au monde ayant accepté de communiquer avec moi n’étaient pas français mais américains, russes, allemands, anglais et que sais-je encore. Finalement, peu importe d’ailleurs leur nationalité puisque nous partagions simplement la même passion pour la science et pour la recherche.
Par ailleurs les recherches d’aujourd’hui s’écrivent principalement dans les langues de Shakespeare, de Dostoïevski ou encore de Confucius ; n’en déplaise à nos néo-nationalistes en herbe.
Il existe des pans entiers de la recherche actuelle inaccessibles au lectorat francophone. Ce fait motive à lui seul d’encourager les initiatives françaises visant à partager les bases du savoir scientifique au travers de médias totalement francophones.
Si nous ne le faisons pas, et si nous souhaitons pouvoir cependant continuer à prendre part à la recherche mondiale, alors la logique exige d’enseigner les trois langues citées plus haut dès l’école primaire !
Mais pendant ce temps-là on nous parle de démocratie participative dans l’élaboration des programmes de recherche et, comme à l’accoutumée, on écrit des tonnes de textes pour nous expliquer pourquoi il faudrait faire ainsi (l’état des lieux), ce qui fonde qu’on fasse ainsi (la légitimation juridique et réglementaire) et ce qu’il faudrait faire (les objectifs).
Mais l’a-t-on fait entre-temps ou bien a-t-on dépensé tous les crédits prévus pour la recherche effective à l’exposé des motifs de la recherche qui aurait dû être faite ?
Avant que la recherche ne se fasse à nouveau dans la langue de Molière, il faudra d’abord réapprendre la convivialité et le partage des idées. Il faudra sans doute aussi revoir notre modèle économique et la part de l’argent que nous décidons collectivement de consacrer à notre futur, je veux donc dire à notre recherche.
Dans un article paru en 2015 dans les « Dernières Nouvelles d’Alsace (DNA) », j’ai découvert un article qui m’a d’ailleurs laissé pantois. Il conforte la sensation de fiasco entourant les organismes de recherche français. L’auteur expliquait en effet combien il était difficile, cette année-là, d’arriver à fusionner les féodalités, pardon je veux dire les universités, des deux départements de la région et que l’homme le plus puissant de la recherche française venait distribuer royalement dix millions d’euros à mille quatre cents chercheurs pour leurs travaux -pas pour leur salaire- ... faites le compte (environ mille euros par chercheurs) et, comme moi, pleurez ...
Et pourtant, « l’amatorat » un mot employé (inventé ?) par J.M. Levy-Leblond (1940 - ...) dans sa réflexion sur la participation des amateurs aux travaux des professionnels, mérite peut-être qu’on y réfléchisse avec civisme. Je lui emprunterai ici quelques extraits d’un texte consultable sur la toile ; ils méritent d’être médités.
... (Citation § 34) : Pour ne pas cependant tenir un discours par trop pessimiste, je voudrais terminer en évoquant une question que les acteurs de l’acculturation des sciences ont peut-être trop négligée au cours des dernières années et qui revient en force aujourd’hui — la question des amateurs. Alliage (culture, science, technique) a récemment publié un numéro spécial consacré aux amateurs de science (fin de citation)
... (Citation § 36) : Il suffit de fréquenter des festivals d’astronomie comme celui de Fleurance dans le Gers, remarquable lieu d’expérimentation sur ces questions, pour constater cette grande diversité du public, depuis le plus profane qui pour la première fois observe le ciel et apprend le nom des constellations, jusqu’à des connaisseurs chevronnés qui n’hésitent pas à interrompre, voir contredire, les spécialistes (fin de citation)... .
... (Citation § 37) : Mais peut-il y avoir des (..) amateurs en physique des hautes énergies ? Des amateurs pourraient-ils vérifier si les neutrinos vont parfois vraiment plus vite que la lumière ? C’est évidemment plus difficile lorsque l’on connaît la sophistication des appareillages et des formalismes de cette physique (fin de citation)... .
... (Citation § 39) : Ce développement de nouvelles formes d’activités (impliquant des) amateurs signifie-t-il pour autant que l’on entre dans une nouvelle phase d’acculturation scientifique ? Ce n’est pas évident et la question se pose. Car dans les exemples que j’ai évoqués, ce sont des scientifiques qui organisent ces réseaux d’amateurs et on n’est pas loin dans certains cas de l’exploitation pure et simple d’un bénévolat gratuit (fin de citation)... .
Je citerai pour finir ce message teinté de tristesse dû à Marc Fontecave cités par un professeur du collège de France : (début de citation) « Nous vivons encore aujourd’hui en France avec cette idée, de moins en moins justifiée et de plus en plus arrogante, que notre capacité d’innovation, en raison de l’excellence de nos enseignants, de nos chercheurs et de nos ingénieurs, et de la qualité de nos infrastructures, serait bien supérieure à celle des pays du Sud et de l’Est.
Souvenez-vous de la suffisance avec laquelle, au moment de la première crise pétrolière, nous déclarions : Nous n’avons pas de pétrole mais nous avons des idées.
Il faut se rendre à l’évidence : nous n’avons toujours pas de pétrole, mais nous ne sommes plus seuls à avoir des idées et des capacités à les exploiter sous la forme d’applications concrètes au bénéfice du développement économique et social.
Voilà la nouveauté. Il s’agit d’un changement radical et irréversible auquel nous devrons nous adapter (fin de citation) ».
© Thierry PERIAT, reformulation d’un texte paru pour la première fois en octobre 2015.