La relativité du temps
et le vivre ensemble
Tout est relatif : ce n’est pas Albert Einstein qui dira le contraire. Le père de la théorie de la relativité restreinte et générale, l’homme qui - quasiment seul- a initié un changement radical de notre regard sur le monde, doit se retourner dans sa tombe.
Le monde actuel semble avoir à nouveau oublié l’importance du message philosophique subliminal que porte l’œuvre de ce physicien : accepter d’avoir des points de vue différents sur la vie des cités, en discuter courtoisement et s’évertuer à trouver des compromis permettant de vivre tous ensembles.
Ce grand penseur est mort le 18 avril 1955. A deux ans près j’aurais pu le croiser ! Certes mon babillage informel de l’époque ne l’aurait sans doute pas beaucoup captivé ; mais l’idée même d’imaginer un instant cette rencontre improbable met en évidence un phénomène auquel nous ne prêtons guère attention.
Sans le savoir, nos vies croisent ou tangentent celles de gens célèbres ou qui le deviendront. Parfois tristement célèbres, comme ce fût le cas pour Hitler et Staline qui vécurent sans en avoir conscience à quelques centaines de mètres l’un de l’autre pendant quelques semaines en 1913, à Vienne.
Ce constat historique - notamment relaté dans une série télévisée autrichienne récente- illustre l’enchevêtrement des trajectoires spatio-temporelles que sont les destinées humaines. Il invite à se représenter le temps qui passe par des images plus appropriées que celles de traits rectilignes qui courent à travers l’histoire ou que celles de strates familiales superposées.
En effet, pour décrire le parcours de notre vie, il n’est pas rare de s’imaginer une droite qui va de la naissance à la mort. Personne n’imagine un instant que cette droite ne le fût pas, sauf peut-être autrefois un mathématicien nommé Gödel qui, en triturant les équations d’Albert Einstein, a réussi à en sortir des solutions bien étranges indiquant que ... si, peut-être, dans certains cas, nous pourrions revenir là d’où nous étions partis. Mais bon, jusqu’à présent, ce phénomène n’a jamais été observé, et il reste le scénario de quelques films de science-fiction. Je pense que nous pouvons dormir en paix et que personne ne se réveillera demain dans le berceau où il est né.
Par ailleurs, la représentation de nos familles sous la forme de strates trouve probablement son origine dans le fait que la notion de génération structure nos sociétés. Avant nous il y avait mes parents, et avant eux leurs parents, et avant les parents de mes parents ... leurs parents et ainsi de suite, dieu sait trop jusqu’à qui et quand. Les découvertes faites par les archéologues repoussent le curseur de la naissance des premiers singes humanoïdes.
Et après nous, il y a nos enfants (je vous souhaite de tout cœur d’en avoir) puis les enfants de nos enfants. Parfois, la longueur de nos vies autorise nos yeux à voir grandir nos arrière-petits-enfants.
Voilà pourquoi l’histoire des familles humaines s’apparente à une superposition de couches. Leurs épaisseurs sont ici synonymes de durées. Ces dernières dépendent beaucoup des familles, des lieux où elles vivent, des difficultés économiques et sanitaires qu’elles rencontrent.
Les visions linéaires et en strates sont cependant réductrices de la réalité. Elles sont même trompeuses et dangereuses pour la cohésion de la société. Car les diverses strates d’une famille coexistent et, à un instant donné, tous les âges de la pyramide sont représentés. Tous les individus d’une génération vivent là, des plus jeunes aux plus anciens, pas toujours au milieu ou avec nous, mais dans ce même instant présent et, comme nous, ils pensent, rient et soufrent, aiment et pleurent.
Alors, ne les oublions pas. Aidons-les à vivre encore quand ils le souhaitent et non pas à mourir quand ils ne le veulent pas.
Alors la relativité du temps introduite et promue par Albert Einstein :
« Est-ce vraiment de l’histoire ancienne ? «