La maison d'Hades

Perdu dans les mathématiques 

En guise d'introduction

(début de citation ) : « L'histoire des Sciences montre que les progrès de la Science ont été constamment entravés par l'influence tyrannique de certaines conceptions que l'on avait fini par considérer comme des dogmes. Pour cette raison, il convient de soumettre périodiquement à un examen approfondi les principes que l'on avait fini par admettre sans plus les discuter... » (fin de citation placée en entête de la référence [01]).


Cette réflexion est attribuée à Louis de Broglie ; elle aurait été prononcée lors d'une conférence s'étant tenue le 31 octobre 1952. Le plus étonnant de ce propos était qu'il invitait à se pencher sur l'interprétation de la mécanique ondulatoire dont il avait lui-même été un des fondateurs. 


Je la reprends ici pour noter mon attachement au principe qu'elle contient indirectement, à savoir : celui de la nécessité d'interroger en permanence les fondations de nos connaissances ; et de ne pas hésiter à explorer quelques voies alternatives qui pourraient éventuellement les éclairer d'une lumière nouvelle.

Un esprit libre

 Les passionné(e)s et les amoureux(ses) de physique théorique connaissent vraisemblablement madame S. Hossenfelder. Cette chercheuse allemande traîne ses guêtres à travers le monde depuis de nombreuses années et, peu à peu, trace son chemin. Etats-Unis, Suède, Allemagne sont quelques-unes de ses haltes professionnelles. Elle conduit également avec assiduité divers médias tentant de diffuser un peu de savoir scientifique. Ils sont fort visités, commentés et appréciés ou critiqués ; en tout cas ils ne laissent pas indifférent celles et ceux qui le visitent.

 

Un premier livre polémique en 2018

Son livre "Lost in maths" (perdus dans les mathématiques), paru le 12 juin 2018, a été traduit en français. Il défend le point de vue selon lequel la communauté scientifique fait actuellement fausse route ; collectivement. 

 

Pour quelle raison : la ligne de conduite consistant à « publier ou périr » qui, après s'être appliquée aux revues scientifiques, envahit désormais les universités et privent celles-ci de la liberté de penser nécessaire à l'épanouissement de toute recherche fondamentale. 

 

L'exemple, d’après elle malheureux, de la théorie de « supersymétrie » apparemment devenue une religion sans avoir donné le moindre résultat expérimental tangible étaye sa thèse. 

 

Il n’est pas faux de dire qu’elle s’oppose de toutes ses forces à la construction d’un accélérateur de particules plus puissant au CERN.

 

Mon avis

Je n'ai fait que parcourir la présentation de ce livre (trailers et commentaires) mais je suis certain d'une chose : il est bon que notre époque dispose d'esprits indépendants et critiques (Je peux difficilement tenir un propos contraire sans risquer d'être taxé d'incohérence intellectuelle!). 

 

C'est là tout le mérite de cette chercheuse et il justifie que je lui consacre ces quelques lignes. Non pas tant pour faire la publicité de son ouvrage mais pour rebondir sur cette nécessité absolue d'interroger sans cesse les bases sur lesquelles repose la recherche fondamentale.

 

Si la recherche a bien évidemment besoin d'argent pour exister, et si ce besoin oblige les chercheurs ou leurs managers à courir après les sponsors ; s'il est juste que le public soit informé des utilisations faites de son argent par les pouvoirs politiques et administratifs en charge des orientations et de la gestion des recherches ; enfin, s'il est certain que certains sujets récents ont ce pouvoir magique de faire rêver le grand public (exoplanètes, vie extra-terrestre, énergie sombre, ondes gravitationnelles, trous noirs, etc…) et donc de favoriser son adhésion tacite aux choix faits ; je souscris cependant entièrement à deux idées promues par cette chercheuse : 

 

-    la recherche -fondamentale ou expérimentale- n'a absolument plus rien de sexy, ni de palpitant, dès le moment où il faut rentrer dans le vif des détails techniques ;

-    la beauté esthétique sous-jacente des théories et de leurs équations mathématiques ou des idées, fussent-elles sponsorisées, ne suffit en rien à les légitimer.

 

Je retiens donc de la parution du livre « Perdu dans les maths » un vif encouragement à réfléchir sur la manière dont se fabrique la science-aujourd’hui. 

 

Pour autant, même si certains auteurs ont le don de savoir mettre leur œuvre en valeur, il ne faudrait cependant pas confondre la carte (le dessin qu'on fait de la réalité) et le territoire (la réalité du terrain). 

 

Ce ne sont pas toujours ceux dont on parle le plus ou qui parlent le plus d'eux-mêmes qui font le plus gros travail de défrichage... 

 

La société occidentale a un petit côté  « m’as-tu vu », y compris au niveau des sciences, et celui-ci finit par lui faire oublier les milliers de fourmis assidues, travailleuses et silencieuses qui, jour après jour, conçoivent, testent et fabriquent les outils du futur.

 

Peut-être certains confondent-ils show-biz et diffusion démocratique du savoir. 

 

« Moins de bruit et plus de résultats ou plus de pédagogie » ... ne serait-il pas un meilleur adage pour faire aimer la recherche? Ceci exige bien entendu de pouvoir parler de ce qui se fait et ce n’est pas du tout évident.

 

© Thierry PERIAT.
Article paru pour la première fois le 04 juillet 2019

remis en ligne le 18 août 2026. 

 

Bibliographie

[01] Reulos, R. : Recherches sur la théorie des corpuscules ; Annales de l'Institut Fourier, tome 5 (1954), p. 455-568.

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