Vue sur les hospices de Beaune (France)
En 2019, avant l’épidémie de Covid, la question revenait comme une ritournelle sur les quelques forums acceptant de placer la ligne directrice de leurs préoccupations à mi-chemin entre philosophie et physique.
« Les sciences fondamentales ont-elles une quelconque utilité ? »
Autrement dit, ils acceptaient de poser les questions de fond et ne se contentaient pas d’exposer les seuls résultats rationnels patentés des recherches en cours. On y livrait des faits certifiés mais on cherchait à les repositionner dans un contexte plus global.
Se demander si la recherche fondamentale est utile ? On pourrait considérer cette interrogation comme superflue. C'était d'ailleurs jusqu'il y a peu de temps mon point de vue d'amateur passionné et donc un tantinet naïf. Pourquoi devrions-nous douter un instant de la nécessité de consacrer une partie de la ressource inventive humaine à l'étude des lois naturelles ?
Sans cette quête de l'essentiel et sans ses retombées nos sociétés seraient restées à l'âge de pierre. Pas d'électricité pour éclairer nos domiciles, nos rues, nos entreprises et nos hôpitaux. Pas d'antibiotiques pour soigner nos infections. Pas de béton armé pour construire nos immeubles même en plein hiver. Pas de véhicules pour transporter nos charges, nos productions et nos personnes, etc…
En réalité le débat ne se maintient pas à cause d'un doute sur l'utilité première de ce type de recherche mais à cause des orientations qui lui sont données par des organes de décision à une époque précise.
Et il persiste parce que la recherche, comme toutes les activités humaines, est désormais monétisée. Elle a un coût, eut-elle une noble destinée.
La question n'est donc pas tant de savoir s'il faut chercher mais sur quoi il faut le faire et avec quelle intensité ; pour obtenir quel type de résultat, dans quel délai limite ? La réponse apportée à ces interrogations dépend de l'état d'avancement des acquis scientifiques et des priorités politiques adoptées par chaque pays.
C'est en tous cas l'endroit où la dispute humaine bat son plein. Le résultat ressemble bien souvent à un compromis entre les rêves des scientifiques, les disponibilités financières momentanées et l'arbitrage politique. Chacun y trouve plus ou moins bien son compte.
On peut pleurer sur le fait que les stratégies des états privilégient plus volontiers le militaire que l'utilitaire humanitaire (l'éducation, la souveraineté alimentaire, la santé, la préservation du milieu naturel, etc.) et que l’inspiration de certains progrès trouve encore et toujours son origine la volonté de détruire ses ennemis réels ou présupposés. C'est pourtant ainsi que vivent les hommes depuis la nuit des temps. Et il ne semble pas qu’ils aient l’intention de changer quoi que ce soit à ce comportement belliciste dans un proche avenir.
Alors oui, on peut se demander à juste titre s’il est utile de faire de la recherche fondamentale. Et avoir un doute très profond mais justifié sur la réponse à donner. Malgré les apparences, il n’est pas certain que les sciences nous aient permis de nous éloigner beaucoup de l’âge de pierre psychologique.
Il ne reste plus à espérer que les recherches démontrent un jour clairement qu'il n'y a aucun gain durable à bâtir le futur sur la défaite des autres. Sauf à vouloir vivre dans une ambiance de vendetta éternelle. Et ce ne serait pas un progrès !
© Thierry PERIAT, le 28 août 2026.